Cannabis thérapeutique : le plan d’expérimentation se dévoile

Cannabis thérapeutique : le plan d’expérimentation se dévoile

juin 19, 2019 0 Par admin

Si la décision finale sera tranchée le 26 juin, le comité d’experts mandaté par l’Agence du médicament a diffusé un document de travail sur ses modalités de délivrance.

La liste des indications pour lesquelles il sera possible de recourir au cannabis thérapeutique en France était connue depuis décembre. À l’occasion d’une réunion historique, un comité d’experts indépendants (CSST) mis en place par l’Agence nationale de sécurité du médicament avait officiellement donné son feu vert à l’usage médical de cette plante dans cinq domaines : épilepsie, douleurs neuropathiques, spasticité musculaire dans la sclérose en plaques, soins palliatifs et soins de support en oncologie. Mais il restait encore à fixer le cadre de l’expérimentation : qui, comment, quand ? Le (CSST) a diffusé ce mercredi un document dessinant les premières pistes, qui devront être tranchées le 26 juin prochain.  

Sur les différentes formes de médicament utilisables et modes d’administration, les experts n’ont prévu aucune restriction, à l’exception de la forme fumée (joints, bang, pipe). Ainsi, pour les « effets à usage immédiat » – typiquement, pour traiter des douleurs -, l’huile et les fleurs séchées seront proposées en formes sublinguales (pastilles, gouttes), inhalées et vaporisée (spray ou liquide). Pour les effets prolongés, des supports à diffusion lente, comme des solutions buvables ou des capsules d’huile, seront privilégiés. 

Détourner le médicament, plus compliqué que l’achat auprès d’un dealer

Afin d’éviter d’éventuels détournements pour un usage « récréatif », un cadre extrêmement strict a été prévu. Ainsi, la prescription sera dans un premier temps réservée aux médecins spécialistes des cinq pathologies définies. Ces derniers devront exercer dans un centre ou des structures de références pluridisciplinaire, se porter volontaires et recevoir une formation obligatoire (sur Internet), précise le document. Des médecins de ville pourront prendre le relais de cette prescription, mais uniquement après « stabilisation du patient » et après l’accord préalable du médecin spécialiste. Et seules certaines pharmacies (PUI) pourront distribuer les médicaments-cannabis. Enfin, si aucune limite d’âge n’est prévue – tant que le bénéfice est supposé favorable -, les femmes enceintes seront tout de même exclues de l’expérimentation. Les patients, eux, seront intégrés au registre national électronique pour assurer leur suivi.  

L’ANSM ne s’en cache pas, ces restrictions ont pour but de sécuriser la prescription, la distribution et le suivi des patients. Elles visent aussi à décourager les risques éventuels de détournement vers une consommation récréative. « Le risque zéro n’existe pas », reconnaît Nathalie Richard, la directrice adjointe des médicaments stupéfiants et psychotropes à l’Agence nationale de sécurité des médicaments (ANSM), interrogée par L’Express. Mais les « verrous » mis en place devraient rendre les abus très compliqués, plus en tout cas que se rendre auprès d’un dealer. 

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Ce premier document, qui a été transmis ce jour aux associations qui participent à la réflexion, sera débattu dans les prochains jours et devrait être finalisé mercredi 26 juin, avant d’être validé par le ministère de la Santé. « Nous suivons avec attention les avancées des travaux de l’ANSM, afin de fixer les orientations et notamment le cadre juridique d’une éventuelle expérimentation », a sobrement répondu le ministère de la Santé, également interrogé par L’Express. Au final, l’expérimentation ne devrait pas commencer avec fin 2019, début 2020.  

Les plantes, seront probablement importées. « Je ne pense vous révéler un grand secret si je vous dis que la France n’est pas encore en mesure de produire du cannabis thérapeutique », glisse Nathalie Richard. Car les plants seront drastiquement contrôlés, et le niveau de qualité exigé sera le même que pour les médicaments, précise la directrice adjointe. L’homogénéité des taux de THC et de CBD – les deux principales molécules de la plante visées pour leurs vertus thérapeutiques – sera particulièrement scrutée. Pour l’instant, seuls les acteurs économiques étrangers qui produisent déjà du cannabis à usage thérapeutique sont en mesure de fournir cette matière première. De potentiels fournisseurs – le Canada, l’Allemagne, les Pays-Bas ou même la Colombie – ont été auditionnés le 15 avril dernier en ce sens, mais l’appel d’offres ne sera lancé qu’après le 26 juin. 

Le cannabis thérapeutique, « une appellation abusive et dangereuse »

Mais malgré l’accord de principe du gouvernement, malgré les travaux des experts de l’ANSM, malgré les demandes fortes des patients, le sujet reste en réalité très controversé. Ainsi, l’Académie de pharmacie vient de publier un communiqué au vitriol sur le cannabis, qui ne devrait même pas, selon ses experts, bénéficier du qualificatif de « thérapeutique » – « une appellation abusive et dangereuse », martèlent-ils. Pour les pharmacologues, l’idée qu’une plante entière puisse se voir utilisée à des fins médicales ne fait guère de sens. « Des extraits de plante fournissent les principes actifs de médicaments, comme la morphine ou la codéine tirées du pavot. Pour autant, l’opium thérapeutique n’existe pas », soulignent-ils.  

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Au coeur de leurs inquiétudes : le fait que la plante cannabis contient une multitude de principes actifs, en quantités variables selon les modalités de culture. Elle n’apporte donc pas les mêmes garanties de dosage qu’un médicament. « Toute l’histoire de la pharmacologie moderne a visé à rechercher des molécules toujours plus ciblées, justement pour éviter ou limiter les effets secondaires », rappelle le Pr Jean-Claude Alvarez, chef de service de pharmacologie et toxicologie à l’hôpital de Garches (AP-HP). Par ailleurs, il reste de nombreuses questions sur la réalité des vertus thérapeutiques attribuées au cannabis, y compris dans certaines des pathologies pour lesquelles elle pourra être utilisée en France. « L’engouement sociétal pour cette plante n’est pas à la mesure des données scientifiques obtenues jusqu’ici », note le Pr François Chast, pharmacologue et président du Comité des vigilances et risques sanitaires de l’hôpital Necker (AP-HP). 

Ces réserves n’empêchent pas certains de vouloir d’emblée aller beaucoup plus loin. Ainsi, profitant des discussions autour de la mise à disposition de cannabis à visée médicale en France, une proposition de loi visant à légaliser le cannabis récréatif vient d’être présentée par un groupe de députés. Faisant le constat de l’échec de la politique de répression, ils voudraient voir la marijuana commercialisée par les buralistes, avec un taux de THC fixé par arrêté ministériel. La vente serait bien sûr interdite aux jeunes – et les produits des taxes sur l’herbe seront utilisés pour une politique de prévention des risques. Le débat ne fait que commencer… 


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