Erreur d’étiquetage pour du cannabis: « Je pensais que je faisais un AVC »

Erreur d’étiquetage pour du cannabis: « Je pensais que je faisais un AVC »

février 4, 2019 0 Par admin

« Je pensais que je faisais un AVC, j’avais mal au coeur, je me tenais sur les murs, ma vision était embrouillée, j’étais incapable de rentrer chez moi seule », raconte Eve Tessier-Bouchard, une patiente de la Clinique la croix verte qui a été victime de cette erreur.

Souffrant de maux de dos importants depuis longtemps, Mme Tessier-Bouchard a commencé à utiliser le CBD pour réduire ses douleurs il y a environ quatre mois. Extraite du cannabis et vendue sous forme d’huile, cette molécule non euphorisante suscite un immense intérêt pour ses effets anti-inflammatoires et anxiolytiques, au point où la Société québécoise du cannabis (SQDC) est régulièrement en rupture de stock depuis son ouverture.

Une clinique sans licence de Santé Canada

Incapable d’obtenir une prescription médicale auprès de son médecin ni d’en trouver à la SQDC, Mme Tessier-Bouchard s’est retournée vers la Clinique la croix verte pour obtenir le produit. Cette clinique, située rue Ontario, ne détient aucune licence de Santé Canada lui permettant de vendre du cannabis. Mais comme d’autres dispensaires semblables apparus avant la légalisation, elle est tolérée depuis plusieurs années, même si sa marijuana provient du marché noir.

« J’ai trouvé la clinique un peu bancale, mais je leur ai fait confiance. J’ai toujours été très claire avec eux : je ne voulais pas avoir de buzz. » – Eve Tessier-Bouchard, patiente de la Clinique la croix verte

Mais début décembre, en pleine réunion de travail, elle a subitement commencé à ressentir des symptômes désagréables. Sans s’en douter, la fiole de 20 capsules qu’elle venait d’acheter à la Croix verte contenait du THC, la molécule euphorisante du cannabis, qui a parfois des effets anxiogènes. Son usage favoriserait l’apparition de psychoses, selon l’Association des médecins psychiatres du Québec.

En panique, Mme Tessier-Bouchard a appelé la clinique. « Ils m’ont dit qu’ils avaient reçu plusieurs appels, qu’il y avait eu une erreur. Ils m’ont tout simplement suggéré de prendre du jus d’orange, en disant que c’est un antidote naturel ! Par la suite, personne ne m’a jamais rappelée pour voir si j’étais correcte. Ils n’ont fait aucun suivi, ils n’ont pas pris ça au sérieux », déplore-t-elle.

« Une forte dose »

Selon une analyse réalisée par le laboratoire MS-Pharma à la demande de La Presse, les capsules fournies par Mme Tessier-Bouchard contenaient 4,1 mg de THC, une quantité très élevée pour une personne qui n’est pas habituée. « C’est une forte dose. On ne peut pas prendre ça n’importe quand, n’importe où. Ça altère le fonctionnement et c’est dangereux pour la conduite automobile », affirme l’infirmière praticienne Claude Latulippe, qui a suivi plusieurs utilisateurs de cannabis médical dans le cadre d’une étude coordonnée par l’Université McGill.

Ce n’est pas la première fois qu’une erreur d’étiquetage semblable avec des produits de CBD provoque des complications. 

En décembre dernier, une femme de Kamloops, en Colombie-Britannique, a intenté une poursuite contre le producteur légal de cannabis québécois Hexo Corp après avoir reçu un courriel du BC cannabis Store l’avisant qu’un spray au CBD qu’elle avait acheté contenait possiblement du THC plutôt que du CBD.

L’affaire, qui a été provoquée par une erreur d’emballage chez Hexo, a déclenché une enquête à l’interne et un rappel du BC cannabis Store. Hexo affirme aujourd’hui que seulement six fioles mal identifiées ont été mises en marché, mais qu’« aucune n’a jamais été vendue à des clients », selon la porte-parole Isabelle Robillard.

Du côté de la Clinique la croix verte, les choses sont moins claires. Un employé joint au téléphone en décembre a reconnu qu’il est « possible qu’il y ait eu un peu de THC » dans certains produits et que la clinique avait reçu « beaucoup d’appels » à cet égard à la mi-décembre. « Il y a peut-être eu un petit mélange », a dit cet employé, sans se nommer.

La Croix verte a publié un avis de rappel sur sa page Facebook le 12 décembre dernier, invitant les patients qui ont acheté les capsules de CBD entre le 9 et le 10 décembre à appeler la clinique « en cas d’effets inhabituels ou indésirables après la prise de vos produits ». L’avis ne spécifie cependant pas que du THC a pu se retrouver dans les capsules.

« C’est bas, 4 mg », a justifié un autre employé, qui a refusé de se nommer lorsque La Presse s’est présentée à la clinique pour obtenir des explications. 

« La transparence, c’est pour nos membres seulement », a ajouté l’employé, refusant de répondre à nos questions.

La directrice et copropriétaire de la Clinique la croix verte, Marie-Chantal (Shantal) Arroyo, est aussi administratrice de l’Association québécoise des intervenants en cannabis médical, un organisme qui a participé aux audiences publiques fédérales sur l’encadrement du cannabis. Elle a refusé de nous accorder une entrevue pour le moment, affirmant dans un courriel être « présentement dans une période extrêmement occupée, jusqu’à la fin du mois de janvier. »

Dans un courriel envoyé à La Presse lundi matin, l’avocat de la Croix verte affirme que la clinique a contacté personnellement l’ensemble des patients visés par le rappel, en décembre dernier. 

« Illégal » et « possiblement dangereux », selon Santé Canada

Santé Canada affirme qu’il est illégal de s’approvisionner en cannabis dans les dispensaires médicaux comme le sien. « Ces comptoirs, dont l’approvisionnement est illégal, vendent des produits non testés, non réglementés et possiblement dangereux », a affirmé la porte-parole Tammy Jarbeau. Le ministère de la Santé et des Services sociaux, qui réclame d’Ottawa un encadrement plus serré de la vente de cannabis à des fins médicales, s’est pour sa part dit préoccupé par la situation vécue par Mme Tessier-Bouchard.

« Ce segment du marché n’est pas fiable, estime l’infirmière praticienne Claude Latulippe. C’est toléré, mais ce n’est pas rendre un service aux gens de leur vendre des produits qui ne sont pas nets et vendus sans contrôle. C’est bien beau, la tolérance, mais si tu vends de la cochonnerie, ça n’aide pas les gens », déplore-t-elle.


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