La SQDC dit accaparer 35% des ventes au pays

La SQDC dit accaparer 35% des ventes au pays

février 4, 2019 0 Par admin

La SQDC affirme avoir réalisé en trois mois d’existence des ventes de 40 millions, somme à laquelle il faut ajouter environ 6 millions de taxes récoltées. «Ça représente 5,7 millions de grammes vendus», illustre Jean-François Bergeron.

Au Québec, la part du marché noir est estimée à 150 tonnes par année. En extrapolant les ventes sur l’année complète, la SQDC estime qu’elle a accaparé environ 15% du marché noir depuis son ouverture. «Notre objectif est de récupérer 30%. Nous aimerions éventuellement nous rendre à 70 %, mais ce ne sera pas avant cinq ans. Il faudra d’abord régler les enjeux d’approvisionnement.»

En meilleure position que les autres provinces

«À cet égard, je pense qu’on tire très bien notre épingle du jeu lorsqu’on se compare aux autres provinces», lance le nouveau président par intérim, qui a été étroitement impliqué dans la mise sur pied de la chaîne d’approvisionnement de la nouvelle société d’État.

En volume, ses ventes représentent 35% du poids total de cannabis qui a été écoulé sur le marché récréatif canadien depuis la légalisation, selon les calculs de la SQDC, alors que la population québécoise compte pour 22% de la population du pays. Cette statistique démontre, selon M. Bergeron, que le choix de la société d’État de concentrer ses achats auprès de seulement six fournisseurs a été judicieux, particulièrement avec la pénurie qui déstabilise le marché pancanadien depuis ses débuts.

«On a misé sur les six plus gros producteurs, on leur a fait une place de choix. Quand ils ont à choisir où ils écoulent leurs inventaires, possiblement qu’ils considèrent le Québec comme un partenaire important. Si j’avais eu une trentaine de fournisseurs [comme l’Ontario et la Colombie-Britannique], j’aurais dilué leur présence et je n’aurais pas pu obtenir 35% [du volume]», avance M. Bergeron. 

Approvisionnement difficile, clients astucieux

L’approvisionnement en cannabis s’est «un peu» amélioré avant les Fêtes, mais reste néanmoins difficile, et les inventaires sont inconstants, admet le président. Les 12 succursales de la société d’État, qui réalisent 80% des ventes, offrent en général «entre 40 et 60 produits», alors que le site web de la société (20% des ventes) propose une vingtaine de variétés.

«Certains produits ne durent pas 20 minutes sur le web. Il y a des gens qui se sont programmé des widgets qui les informent de la disponibilité d’un produit dès qu’il apparaît en ligne et qui l’achètent. Il y a aussi des sites Facebook [comme Spotted SQDC] qui se créent pour informer les membres de l’offre disponible en magasin», relate M. Bergeron.

La SQDC a récemment lancé un nouvel appel de propositions pour trouver de nouveaux fournisseurs, mais selon lui, la rareté va perdurer au moins jusqu’à «la fin du printemps». Et pas question pour l’instant d’imposer des pénalités aux fournisseurs qui n’arrivent pas à remplir les commandes.

«Je ne suis pas en position de montrer les dents, dit le patron de la SQDC. Si je force une pénalité, ils vont aller vendre leurs produits ailleurs», croit-il. 

Les forts taux de THC populaires

Les «fleurs séchées», souvent appelées cocottes ou buds, sont les produits les plus populaires, représentant grosso modo 90% des ventes, très loin devant les huiles et les sprays, qui occupent une part marginale.

Les variétés de cannabis à très forte concentration en THC (la molécule euphorisante de la marijuana) sont par ailleurs les plus prisées. «Il y a une forte demande pour ça. D’après le dialogue qu’on a avec les consommateurs, ce sont des gens informés qui les achètent. Ils étaient déjà présents sur le marché noir avant la légalisation», estime M. Bergeron. 

Surprise par la popularité du CBD

La SQDC reconnaît aussi avoir été surprise par la popularité du cannabidiol – ou CBD -, une molécule non euphorisante du cannabis, aux vertus anti-inflammatoires et anxiolytiques, qui fait présentement l’objet de nombreuses recherches scientifiques.

«Le CBD intéresse une nouvelle clientèle. Ce sont des gens qui ont par exemple mal à l’épaule, ou qui s’informent pour leur père ou leur mère. Ils cherchent un produit palliatif qui les soulagerait. Il y a un appétit pour ça, plus grand que ce qu’on croyait», admet M. Bergeron.

Même si les employés de la SQDC ne peuvent en aucun temps conseiller les patients sur les vertus thérapeutiques de ces produits, la société d’État estime que c’est son rôle de continuer à en vendre.

«On n’a jamais dit que notre produit procurait juste du fun. Le bien-être, ça peut être du fun, ça aussi. Nos conseillers ne sont pas des professionnels de la santé et ce n’est pas dans notre mission de le faire. Alors nous conseillons les gens en fonction des balises qu’on se donne avec les recommandations du ministère de la Santé et des Services sociaux, qui dictent ce qu’on peut dire ou pas. Mais chose certaine, je ne vois pas le CBD comme du médicinal seulement», estime M. Bergeron. 

***

Les tests en laboratoire ralentissent l’approvisionnement

Déjà aux prises avec une pénurie de matière première et la lourdeur du processus d’attribution de permis de production, l’industrie du cannabis doit composer avec un nouveau problème : la lenteur de tests obligatoires en laboratoire exigés par Santé Canada.

Depuis le 2 janvier, de nouvelles règles obligent les producteurs autorisés à faire tester par des laboratoires indépendants la présence d’une centaine de pesticides différents dans leurs produits selon un protocole strict.

Or, seuls 52 laboratoires sont autorisés à effectuer des tests sur le cannabis au Canada. « Présentement, ça prend au minimum 21 jours avant d’obtenir les résultats auprès d’un de ces laboratoires », affirme Isabelle Robillard, porte-parole du producteur de Gatineau Hexo Corporation.

Selon Hubert Marceau, directeur du développement au laboratoire agréé Phytochemia, à Saguenay, peu de laboratoires ont les capacités de réaliser les nouveaux tests de pesticides exigés par Santé Canada. « Les limites de concentration qu’on doit vérifier sont très faibles, et par sa nature, le cannabis est une matrice difficile à tester. C’est une substance gommante, qui rend difficile la mise en place de méthodes validées facilement réalisables à grande échelle. Ça nécessite aussi des équipements coûteux », explique-t-il.

Santé Canada avait exigé ces tests en mai 2017, après avoir fait trois rappels nationaux de lots de cannabis qui contenaient des traces de myclobutanil, un pesticide interdit qui se transforme en cyanure d’hydrogène sous l’effet de la combustion. Mais ce n’est qu’au début janvier que les nouvelles normes sont entrées en vigueur.

« Les producteurs ne peuvent pas le mettre en bouteille et livrer leur marchandise tant qu’il n’a pas le sceau du laboratoire », souligne de son côté le président par intérim de la Société québécoise du cannabis, Jean-François Bergeron. « C’est depuis peu devenu un nouveau point de pression dans la chaîne d’approvisionnement. C’est correct, parce qu’on veut des produits de qualité, mais ça crée un goulot d’étranglement », dit-il.


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