Légalisation du cannabis en France : une idée qui rapporte ?

Légalisation du cannabis en France : une idée qui rapporte ?

juillet 1, 2019 0 Par admin

Une note du très sérieux Centre d’analyse économique souligne, jeudi, les avantages économiques de la légalisation du cannabis en France et plaide pour la création d’un monopole d’État de la vente.

Après l’Uruguay, une partie du Canada ou encore une dizaine d’États américains, la France sera-t-elle le prochain pays à prendre le train de la légalisation du cannabis récréatif ? La pression en ce sens s’accentue, en tout cas.

Une tribune signée par 70 personnalités a été publiée en faveur de la légalisation par L’Obs, et une note du très sérieux Centre d’analyse économique (CAE) souligne, jeudi 20 juin, que la légalisation de cette drogue pourrait avoir un intérêt économique.

40 ans d’échec

Le débat n’est pas neuf, et la plupart des arguments avancés par les deux auteurs du document – l’économiste Emmanuelle Auriol de la Toulouse School of Economics et son collègue de la Paris School of Economics, Pierre-Yves Geoffard – ont déjà été développés par le passé.

Mais c’est la première fois qu’un avis aussi tranché est émis par un organisme aussi proche du pouvoir politique. Le CAE est, certes, un institut de réflexion économique indépendant, mais il est rattaché statutairement au cabinet du Premier ministre.

Le constat des deux économistes est sans appel : il serait, d’après eux, plus que temps d’arrêter les frais de près de quarante ans d’échec des politiques purement répressives de lutte contre le trafic de cannabis. « Loin d’enrayer sa consommation, la prohibition a favorisé l’expérimentation du cannabis du fait de sa très grande disponibilité », assurent les auteurs. Il y a plus de personnes en France qui ont essayé au moins une fois du cannabis que n’importe où ailleurs en Europe.

Ce décalage résulte en un énorme gâchis financier, puisque 568 millions d’euros sont investis chaque année dans la lutte contre le cannabis… sans parvenir à enrayer le phénomène. De plus, en prenant en compte les « pertes de revenus, de production et de prélèvements obligatoires liés à l’emprisonnement [des utilisateurs, NDLR], le coût social serait de 919 millions d’euros », avancent les auteurs de la note.

Juste prix

À leurs yeux, la principale leçon à tirer de ce ratage serait la légalisation. Les territoires qui ont franchi le pas ne l’ont pas regretté d’un point de vue financier : l’industrie du cannabis génère entre 200 et 300 millions de dollars de revenus fiscaux pour les États américains du Colorado et de Washington. Pour la France, les deux économistes ont calculé – en prenant toutes les pincettes d’usage dues à la difficulté d’évaluer la consommation réelle de cannabis – que la légalisation pourrait rapporter plus de deux milliards d’euros de recettes fiscales et créer entre 40 000 et 80 000 emplois. À condition de trouver le juste prix.

Il y a deux manières d’y parvenir : laisser faire le marché, ce qui a été l’option choisie par le Colorado, ou établir un monopole d’État, qui est le scénario retenu par la note du CAE. L’avantage de la libre-concurrence est que « le légal se révèle très compétitif par rapport à l’illégal, ce qui a entraîné [au Colorado, NDLR], semble-t-il, une (quasi) éradication du trafic », explique Pierre-Yves Geoffard, l’un des auteurs, contacté par France 24. Mais « son principal défaut est qu’il ne permet de contrôler les prix de vente qu’indirectement, à travers les taxes. Or l’expérience du Colorado montre que dans un système très concurrentiel, le prix de vente au détail peut s’effondrer, ce qui n’est pas très bon pour la régulation de la demande et soulève des craintes sur les recettes fiscales », ajoute le chercheur.

Car les deux économistes soutiennent que la légalisation ne doit pas être un outil pour s’enrichir mais pour lutter contre les filières de trafic de stupéfiants et pour faire de la prévention. Une piste viable serait que l’État casse les prix, dans un premier temps, pour couper l’herbe sous le pied du crime organisé, quitte à les relever par la suite pour éviter « une explosion de la demande », résume Pierre-Yves Geoffard.

Une telle approche peut pousser les trafiquants à se diversifier et développer le commerce d’autres drogues – autrement plus dangereuses pour la santé que le cannabis, comme la cocaïne ou l’héroïne – pour compenser la perte de marché. Les auteurs reconnaissent ce risque et, pour y faire face, préconisent qu’une partie importante des recettes tirées de la vente légale soit réinvestie dans la lutte contre le crime organisé. Ils suggèrent aussi de destiner une partie des fonds à la politique de la ville et aux quartiers dits « sensibles », où le trafic de cannabis permettaient à certains habitants de survivre financièrement, même si les deux économistes jugent « surévalué » le risque que la légalisation du cannabis ait un « effet déstabilisateur » sur ces « quartiers ». Selon eux, « les enquêtes de terrain montrent que seules les têtes de réseaux profitent réellement » de l’argent du trafic.


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