Sénégal : chroniques post-électorales de Boun, île de Casamance

Sénégal : chroniques post-électorales de Boun, île de Casamance

février 28, 2019 0 Par admin

Sur la petite île de Boun, lovée dans un bras du fleuve Casamance, la nuit s’est passée l’oreille collée au transistor solaire égrenant les résultats bureau de vote par bureau de vote… « Inscrits, votants, nuls, suffrages valablement exprimés », récitaient, lisant mécaniquement (mais non sans émotion parfois) les procès-verbaux, les correspondants de la radio sénégalaise en dessinant une géographie politique du pays. Dans la ville de Thiès, Idrissa Seck l’a emporté. Dans certaines communes rurales de la région de Fatick, Macky Sall a parfois engrangé 98 % de suffrages. Une seule région, sur l’ensemble des douze du pays, n’est pas tombée dans son escarcelle : celle de Ziguinchor, où « l’enfant prodigue », Ousmane Sonko, l’a emporté. Autrement dit, mieux vaut avoir un fief  !

Lire aussi Sénégal : ce Sonko qui a troublé la présidentielle

« Ici, c’est Ousmane Sonko »

Ce matin, au réveil, quand on pose la question de l’issue du scrutin à la première personne que l’on croise, le gradé chargé de la sécurisation des opérations de vote, et qui en attendant de prendre son bateau, liquide une bouteille de vin rosé, celle-ci répond : « Ici, c’est Ousmane Sonko qui s’est imposé, avec 40 voix, suivi de Macky avec 36 voix. Zéro voix, pour Idrissa Seck, zéro voix pour Madické, et une voix pour Issa Sall, mais c’est sans doute une erreur ». L’analphabétisme de certains adultes ici remet en cause la sincérité de leur vote.

Lire aussi Sénégal : ces cinq candidats qui visent le fauteuil présidentiel

Loin de la capitale, un univers dominé par des enjeux locaux

Boun a des airs de bout du monde, au milieu du terrain vague de sable blanc éblouissant, quelques enfants shootent dans un ballon de football, dérangeant des chèvres, faisant fuir d’un vol avorté quelques poules. Moïse Abdou est le responsable du seul gîte de la commune. Pour lui, comme pour tous, la nuit a été longue. Et ce matin, des cernes se dessinent sur son visage, lui qui a voté Macky Sall. « J’aime bien Sonko, mais mon frère est le maire de Kafountine, et si Macky est élu, il sera peut-être désigné ministre »  ! « Même père même mère  ? » je m’enquiers. Non, en fait, c’est un cousin, le mot « frère » est ici une déclinaison de l’affection ou de la proximité géographique. « Quel métier  ? » je demande. « Commerçant, récolteur de vin de palme, cultivateur de porc, barman », répond Moïse… « Il faut bien gagner sa vie  ! ». Il a quarante-six ans, en fait trente, et les enfants qui étalent une pâte chocolatée sur leurs tartines ne sont pas les siens, mais ceux de sa fille. « Leur mère est allée arroser le chanvre indien », explique-t-il. En d’autres termes, irriguer le cannabis

Lire aussi Sénégal : ces néo-politiciens qui mettent la pression aux « professionnels »

Dans l’attente des résultats

À l’embarcadère que le bateau « courrier » quitte chaque jour vers 10 heures du matin pour Kafountine, Ziguinchor ou Dakar, un adolescent, stylo-feutre en main, finit de tracer ses lettres sur une affichette faite d’un morceau de carton. « Soutien en espèces ou en nature pour la construction du campement villageois. » Une poignée de touristes suédois, débarqués de Kafountine, arrivent au village, qui vit à part cela du commerce de drogues douces et d’huîtres. Ici, comme dans le reste du Sénégal, on attend la proclamation officielle des résultats, prévue pour mardi. Rêvant d’un second tour ou d’une victoire par K.-O., selon chaque camp…


Huile de CBD peut aider vos maux. Visite HuileCBD.be


 
Lire Plus